mercredi 3 mars 2010

Bolivie, je suis vraiment à l'ouest...


Santa Cruz de La Serra étant trop grande et bordélique pour ma caboche de routard des champs, je reprendrai la route après seulement deux petites journées de visite... décevant, malgré une place plutôt agréable et une cathédrale ocre rouge du meilleur effet...
Au troisième jour, sous le ciel lourd du petit jour, je quitterai, sans regret, le laid centre ville de la cité marchande pour rejoindre les vertes plaines du Chiquitina.
La route est plate et la carte ne me montre pas de difficultés particulières. A midi, malgré la pluie, j'ai parcouru 100 km. Je déjeune confiant dans l'unique et minable restaurant que je croise depuis ce matin... Je suis bientôt rejoins par le petite peuple de la route : routiers, voyageurs et voisins curieux, qui ne tardent pas à m'interpeler, me demandant ce que je peux bien faire dans ces contrées perdues. On m'apprend, c'est incompréhensible, que je suis sur la mauvaise route... Ma carte n'indique pourtant qu'une seule et unique route !
Un routier, "sympa" comme il se doit, m'offre de me ramener dans le droit chemin. Deux secondes et demi de réflexion et je charge Passeport sur sa citerne de lait... Mon chauffeur propose de me déposer, à 50 km, dans la ferme où il va collecter le lait. Curieux, j'accepte et nous arrivons bientôt dans une ferme ménnonites* où le digne descendant d'un Charles Ingalls, blond comme les blés, en cote de travail, m'offre un verre de lait. J'apprends qu'il est descendant hollandais et qu'il vient du Belize...
Après un cours technique sur la collecte du lait et quelques civilités d'usage, j'enfourche Passport et je reprends la route devenue piste... Après 500 m, je crève une première fois... puis une seconde fois, 5 km plus loin, puis une troisième fois après 25 km. Agacé, je jette Passport sur le bas côté et tend le pouce, désabusé. Après 10 mn, un camion-benne zigzaguant curieusement s'arrête à ma hauteur. Un chauffeur, bourré, en descend péniblement, titubant dans ma direction en m'invitant à charger mon vélo "à l'arrière". Interrogation, est-ce bien raisonnable de monter dans un 38 tonnes conduit par un chauffeur ivre ? Je regarde autour de moi et, seul dans mon short, sur cette piste au milieu de nulle part je décide de tenter le coup...
Après 10 mn de trouille intense, je demande à l'alcolo de service, si il veut vraiment "flinguer son camion" ; il est à 90 km/h sur une piste défoncée et je rebondis dans tous les sens sur le siège passager déjà bien effondré. Il me demande, dans un large sourire, si j'ai peur. Je réponds que oui et lui d'ajouter qu'"en Bolivie c'est comme ça" et d'embrayer sur les raisons de son alcoolisme. Sa femme vient de le quitter et il ne cesse de répéter qu'il est très fâché !!! Je décide, à mon tour, de le saouler de paroles pour le distraire et le faire, enfin, lever le pied... Ce qu'il consent à faire après une bonne demi-heure de slalom entre nid de poules et ornières profondes. A la nuit tombée, je propose de lui offrir un repas... problème, le seul et unique resto du coin est fermé. 12 km de piste déserte plus loin nous nous arrêtons dans une ferme demander pitance... accepté ! On dévore mon meilleur repas depuis un mois. Pressé, mon chauffeur maintenant dégrisé souhaite rouler plus pour, dit-il, "passer la petite chaine de montagne" qui se dresse devant nous. La piste est pourrie et le camion hoquette entre pierres et profondes saignées... Après une heure d'un invraisemblable gymkhana, je lance l'idée d'une courte sieste pour arriver frais et dispo sur le lieu de livraison : "prends la cabine, je dors dans mon hamac accroché dans la benne et je te réveille dans deux heures". Je le laisserai dormir volontairement plus de quatre heures... A 5 h, mon chauffeur "reposé" me déposera comme une fleur à 50 km de San José : une formalité.
En savoir plus : Wikipedia et reportage photo de Jordi Busqué

1 commentaire:

  1. Dès que tu montes à bord, il ne fait plus ce qu'il veut le chauffeur !

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